De la pertinence d’être négatif

De la pertinence d’être négatif

Martelés à l’envi, les « soyez optimistes », « soyez positifs » intoxiquent nos émotions, nous confrontent à un moule impitoyable qui déforme notre compréhension de la réalité.

Des petites circonstances de la vie quotidienne aux débats sur l’avenir de l’humanité, impossible d’échapper à cette uni-polarisation des argumentaires.

Nous devons être positifs ! Sous peine d’être stigmatisés.

Mais la couleur des mots évolue vite. Que ce soit dans le temps, dans l’espace, selon les thématiques et les circonstances.

De pandémies en épidémies, « être négatif » devient soudainement … positif.

Et que dire des Russes qui s’expriment négativement face à la politique de Poutine ? Ils risquent leurs vies. Est-ce positif ? Négatif ? Et de quel point de vue ?

« Être positif » et « être négatifs » ne sont que deux polarités parmi une multitude d’attitudes possibles.

Il est temps de pouvoir revendiquer d’être « négatif » quand il est pertinent de l’être.

En matière de politique climatique, par exemple. La position du Parlement européen lors du vote de la taxonomie européenne ne peut être qualifiée de positive.

Continuer à favoriser quelque forme que se soit d’émissions de gaz à effet de serre, alors que nous sommes aussi proches des risques de bascules climatiques, n’a rien d’un compromis positif.

Les scientifiques qui le rappellent ne sont pas « négatifs » par essence. Certains politiques le deviennent à force de chercher des solutions dites positives.

Il est urgent d’être négatifs face à la croissance économique et ses ravages environnementaux.

Il est important d’oser être publiquement négatif face aux récits de voyages fortement émetteurs de CO2 ; à la commercialisation et l’utilisation de SUV ou autres véhicules auto-moteurs polluants ; à la consommation de produits inutiles, lointains, générateurs de pollutions; à l’artificialisation des sols ; etc ….

Nos listes seront différentes. L’important est moins dans la définition de celles-ci que dans le changement de comportement. Et si on arrêtait de chercher comment être positifs ?

Face à ce qui nous semble destructeur de la vie, de la qualité de la vie, de la biodiversité, …, n’est-il pas temps d’être réalistes ?